ETHIQUE ET SANTE
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Devenir des corps et morgue à l’hôpital
Durigon Michel
Résumés de cours - 2004/01
Devenir des corps et morgue à l’hôpital
Pr. M Durigon
PU/PH Médecine Légale, Paris Ouest


Résumé par Julien Beauté


La morgue :
Au 16ème siècle, la morgue était l’endroit où étaient identifiés les prisonniers. Ils y étaient morgués, c'est-à-dire identifiés à vue.
Ainsi, les morgueurs pouvaient avoir en tête le visage des criminels. L’expression regarder avec morgue signifie regarder avec hauteur.
Plus tard, la morgue fût le lieu où étaient entreposés les cadavres pour que l’on puisse les reconnaître.
A Paris, avant 1926 et la construction de l’actuel Institut médicolégal quai de la râpée, la morgue se situait place de archevêché et était publique.
Aujourd’hui, le terme morgue n’existe plus.
Dans les hôpitaux, la morgue a été remplacée par les chambres mortuaires (les chambres mortuaires ont succédées aux amphithéâtres où, de tradition italienne, se déroulaient les leçons d’anatomie en public).
Dans les établissements privés, on parle de chambre funéraire.
Cette appellation chambre témoigne d’une influence nord américaine où les morts sont présentés dans une chambre normale.
Ceci s’inscrit dans une négation de la mort.

Devenir des corps :
En premier lieu, il ne s’agit pas de corps mais de cadavres. La situation physique du cadavre semble s’améliorer après quelques heures. En effet, après une phase de rigidité, le cadavre s’assouplit ; « il est apaisé » diront les proches.
Puis débute le processus de dégradation. La société occidentale a peur de cette dégradation, c’est pourquoi les cadavres sont mis dans des cercueils. Ce n’est pas le cas des arabes, par exemple, qui enterrent le cadavre vêtu d’un simple linceul.
Dans un cercueil, la dégradation durera une dizaine d’années alors qu’à l’air libre le cadavre sera à l’état de squelette au bout de huit jours.

On compte, en France, près de 500.000 morts par an. Mais on n’a plus l’habitude de la mort collective, elle est devenue inacceptable (crash aérien, canicule…). Aussi parlera-t-on de mort prématurée.
70% des français meurent à l’hôpital (dans des établissements de santé, qui sont au nombre de 3500 en France).
En l’absence de texte précis, les cadavres ne sont gardés dans les services hospitaliers que quelques heures (en général 2 à 3 heures). Ceci pose le problème de la disponibilité de la famille et des proches avant qu’il ne soit envoyé à la chambre mortuaire, qui peut en outre se trouver dans un autre établissement. La chambre mortuaire n’est de plus pas ouverte 24h/24.
Avec les chambres communes, ce sont toutes les manifestations de douleur et leurs variantes culturelles qui deviennent problématiques.

De manière générale, on peut dire que les morts sont mal pris en charge.
Avant l’avènement dans les années 80 des soins palliatifs, les mourants, les agonisants étaient laissés à eux-mêmes.
Ce sont des situations peu porteuses pour les soignants car la seule reconnaissance vient de la famille. Les morts ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale. Il existe une prestation décès, peu demandée et peu publicisée.
Les seules spécialités médicales portant un intérêt pour la mort sont celles pour lesquelles elle présente un objet de connaissance (anesthésie réanimation, gynécologie obstétrique, anatomopathologie…).
Pourtant, les anatomopathologistes ne font presque plus d’autopsies. L’autopsie scientifique tombe en désuétude.
Même la médecine légale se détourne de la mort ; Désormais, elle s’intéresse à la clinique (victimologie, psychiatrie légale etc.).
Enfin, il faut rappeler qu’il y a peu de crimes de sang en France (1500/an).

Il y a quelques années, le cadavre intéressait les praticiens et les industriels pour ses produits.
On prélevait les os de l’oreille interne, l’os spongieux des os long, l’hypophyse etc.
Face à l’apparition de problèmes de sécurité sanitaire avec notamment les cas de transmission de la maladie de Creutzfeld Jakob via les hormones de croissance prélevées dans les hypophyses, ces pratiques ont quasiment disparu.
Seuls les prélèvement de cornée subsistent.
Toutefois, les cadavres frais intéressent toujours les praticiens pour ce qui concerne les greffes d’organes.
Le « problème » est qu’avec les succès de la prévention (notamment dans le domaine de la sécurité routière), il y a moins de jeunes morts et donc moins de prélèvements.
On prélève aujourd’hui jusqu’à 55 ans pour certains organes comme le foie.

Les obsèques, par crémation ou inhumation sont obligatoires en France.
On note un important développement de la crémation, sans doute corrélé aux décès imputés au SIDA.
Il s’agit de plus d’une technique plus « hygiénique » et moins onéreuse.
Après crémation on obtient 1 à 2 Kg de résidus qui seront broyés après éviction des éléments métalliques.
Les cendres sont alors dispersibles en tout lieu à l’exception de la voie publique.
Elles peuvent également être conservés au domicile ou dans les columbariums des cimetières.

La mort est souvent sublimée dans l’art (tableaux, requiem…) et ce même en dehors de la civilisation chrétienne.
Les musulmans sont plus discrets et enterrent leurs morts sans cercueil.

De nos jours, on ne porte plus ou très peu le deuil.

Le don du corps :
On a la possibilité en France de donner son corps à la science. Dans la pensée populaire, on pense aux greffes d’organes alors qu’il s’agit d’initier à la dissection les jeunes étudiants en médecine. Il y a également un désir d’éviter les coûts des obsèques.
A ce jour, devant l’importance des dons, il faut payer les frais de son incinération lorsque l’on donne son corps.
Il est à noter que quelques pratiques ont choqué le public (utilisation de cadavres d’enfants dans des crash tests ou de têtes de cadavres pour évaluer la pénétration de projectiles d’armes à feu) alors qu’elles étaient légitimes dans le cadre de recherches, en l’occurrence en biomécanique.

Cas des nouveaux nés :
Si le nouveau né est mort avant sa déclaration à l’état civil, on distingue deux situations (qui parfois sont difficile à différencier).
Soit l’enfant était viable à la naissance et on réalise un acte de naissance, soit il ne l’était pas et il est compté comme mort né.
Pour ce qui concerne les fausses couches : si le terme de la grossesse est supérieur à 22 semaines d’aménorrhée ou le poids de l’enfant supérieur à 500g, alors il s’agit d’un acte d’enfant sans vie.
En dessous, le fœtus est assimilé, à l’instar des embryons à un déchet anatomique.
Dans certaines mairies, on note aujourd’hui l’ouverture de registres d’embryons.
Enfin, il faut considérer le problème des interruptions médicales de grossesse après un viol qui peuvent être effectuées tardivement. (Le Pr. Durigon témoigne d’une grossesse de 8 mois).